banniere lvdm



BILAL
LE PREMIER MUEZZIN DE L'ISLAM


En Arabie, autour de La Mecque, vivaient de nombreuses tribus d’idolâtres dont la riche et puissante tribu d’éleveurs et d’agriculteurs des Bani Jumuh. Dénuées de morale, ces tribus s’adonnaient aux razzias, au pillages et à l’esclavage. Rabah était l’un des esclaves des Bani Jumuh. Son intégrité, sa moralité et sa conduite irréprochable lui avaient valu la supervision de la propriété de la tribu.

En 571 de l'ère chrétienne, l'Abyssinie (Ethiopie) était une grande puissance dirigée par Gabra Masqal, Negus (roi) d'Aksoum (ou Axoum). Le Negus avait confié l'expansion de son empire dans la région à Abrahah Al-Achram, prince chrétien chef de l'armée abyssinienne. Après avoir soumis le Yémen dont il devint roi, Abrahah Al-Achram s'affranchit de l'autorité du Negus et résolut d'annexer la région mecquoise. Il construit, à Sanaa (capitale du Yémen), une magnifique cathédrale orthodoxe que les Arabes surnommèrent Al-Qalis. Afin de récupérer les bénéfices commerciaux des pélérinages arabes vers la Ka'aba, Abrahah Al-Achram leur proposa sa nouvelle cathédrale comme lieu de pélerinage. Offusqués, les Arabes profanèrent et brûlèrent la cathédrale. Par volonté d'anéantir la concurrence commerciale plus que pour venger l'insulte, Abrahah Al-Achram marcha sur La Mecque avec 60 000 hommes et treize éléphants en vue de détruire la Ka'aba.

Noufayl Ibn Habib, chef de la tribu des Bani Kath'am, tenta de les stopper sans succès. Ils attaquèrent le cortège de Hamamah, la nièce d'Abraha (la fille de sa sœur). S'appropriant le butin, ils offrirent Hamamah aux Bani Jumuh qui la réduisirent en esclavage. C'est ainsi que Hamamah rencontra Rabah. Au su de leurs affinités, Khalaf, le chef de la tribu, les maria. Deux fils, Bilal et Khadid, et une fille, Ghufrah, naquirent de cette union. A la mort de Khalaf, son fils aîné, Omayyah, craint et respecté, lui succéda. Son père décédé, Bilal, devenu homme, s'était chargé de sa famille. Apprécié d’Omayyah, il fut nommé à la supervision de la propriété et du temple des idoles de la tribu.


 

Quand le Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur lui divulgua son message, peu d'adeptes répondirent à l'appel mais grande était leur ferveur. Les chefs de tribu inquiets pour leur pouvoir cherchaient à tuer le Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur lui et ainsi annihiler l'islam naissant.
A l’inverse, leur opiniâtreté révélait leur crainte de cette nouvelle croyance, et contribuait à l'extension de l'islam aux autres classes sociales. Bilal, alors surveillant du temple des idoles, croyait en ces statues façonnées par l’homme. Pourtant, comme les autres, il fut ébranlé.
Comment ces statues de pierre, incapables de se protéger, pouvaient être les créateurs du monde ? Forcé d'accepter l’idolâtrie, les quelques doutes qui lui subsistaient furent ravivés par l’appel du Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur lui .
Bilal savait que le Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur lui venait souvent prier près de la Ka'aba à la nuit tombée.
Finalement convaincu de la véracité de son message, il se hâta vers la Ka'aba où il trouva le Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur lui et son cousin, Ali, en prière. Leur prière terminée, il embrassa la main de Mahomet et fit chahada pour se convertir à l'islam.

Omayyah Ibn Khalaf était de ces chefs de tribu qui conspiraient contre l'islam. Lorsqu'il apprit la conversion de Bilal, il entra dans une rage terrible et lui ordonna de renier sa nouvelle croyance. Bilal refusa : «Je ne crains pas d'affirmer ma foi. Je n'ai nulle intention de l'abjurer. Je suis ton esclave mais je reste libre de choisir ma croyance».
Ces paroles décuplèrent la colère d'Omayyah qui déchaîna contre lui toute sa violence et résolut de le torturer pour le faire abjurer. Mais à l'inverse, ce traitement renforça la foi de Bilal. Devant sa résistance, Omayyah imagina une torture qui résulterait de son abjuration ou de sa mort.
Il fit emmener Bilal dans le désert, étendre sur des pierres brûlantes et poser sur sa poitrine un énorme rocher brûlant tout en le faisant fouetter. Mais à sa grande déception, malgré sa faiblesse, Bilal ne trouvait la force de murmurer que «Ahad» (Allah est Un). Cette scène de torture quotidienne avait fini par attirer des spectateurs et la résistance de Bilal forçait l'admiration. Plus Omayyah persistait dans sa cruauté, plus Bilal se réfugiait profondément dans sa croyance, espérant la mort telle une délivrance divine.

La mésaventure de l'infortuné Bilal était sur toutes les lèvres de la région mecquoise. Le Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur lui s'inquiétait pour lui.
Il cherchait le moyen de le sortir de cette situation. Il finit par demander à ses compagnons : «Si l'un de vous peut acheter et affranchir Bilal, ce problème serait peut-être résolu».
C'est Abû Bakr qui s'y engagea. Au bout de longues tractations au cours desquelles il proposa d'échanger Bilal contre l'un des ses plus robustes esclaves, Abu Bakr réussit à convaincre Omayyah de lui vendre Bilal. La légende dit qu'Abu Bakr aurait acheté la liberté de Bilal contre neuf pièces d'argent. Et Bilal rejoignit le Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur lui.

Identifié depuis comme adepte de l'islam et compagnon du Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur lui, Bilal subissait les mêmes persécutions que ses coreligionnaires. Lors de l'Hégire en 622 après J.-C., il suivit le Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur lui à Yathrib, future Médine, et travailla avec les autres musulmans à la construction de la première mosquée.

A la fin de l'édification de la première mosquée, à Médine, il fallait appeler les fidèles à la prière. C'est donc en l’an I de l’Hégire, que la décision fut prise quant au moyen de rappeler aux croyants l’heure des prières. A ce sujet, l’Envoyé de Dieu et ses compagnons passèrent en revue quelques procédés tels que l’usage du cor en vigueur chez les Juifs, ou de la cloche à la manière des Chrétiens. Les deux idées furent toutefois rejetées. L’opinion avancée par ‘Abd Allâh Ibn Zayd fut retenue.


«Allahou Akbar ! Allahou Akbar ! (Allah est le plus Grand ! Allah est le plus Grand) Ach-hadou an lâ ilaha illa lâh !(Je témoigne qu’il n’y a pas d'autre divinité qu'Allah) Ach-hadou anna Mouhammadan rasouloul-lâh(Je témoigne que Mahomet est le messager d’Allah) Hayya ‘alas-salât(Venez à la prière) Hayya ‘alas-salât(Venez à la prière) Hayya ‘alal-falâh(Venez à la félicité) Hayya ‘alal-falâh(Venez à la félicité) Allahou Akbar ! Allahou Akbar !(Allah est le plus Grand ! Allah est le plus Grand) lâ ilaha illa lâh !(il n’y a pas d'autre divinité qu'Allah). »

Lors du choix du muezzin, le Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur lui, qui avait remarqué la magnifique voix de Bilal, le chargea de lever l'adhan. C'est ainsi que Bilal Al-Habashi devint le premier muezzin. En 623, à la bataille de Badr qui vit la victoire des musulmans sur les polythéistes, il combattit et tua son ancien maître, Omayyah Ibn Khalaf. Ce fut encore lui que le Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur lui chargea de lever le premier adhân de La Mecque, du haut de la Ka'aba, lors de leur entrée triomphante dans la ville. Quand la Ka'aba fut ouverte, seul Bilal eût le droit d'accompagner le Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur luià l'intérieur.

A la mort du Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur lui le 8 juin 632, Bilal était effondré. Le adhan le faisait rappeler les souvenirs du Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur lui donc il a demande à Abû Bakr de ne pas faire le adhan, selon lui.
İl refusait de lever l'adhan à cause de sa tristesse. Il revendiqua sa liberté auprès de Abû Bakr, quitta Médine pour s'exiler en Syrie. Il n'a jamais pu se marier à Médine à cause de sa condition d'esclave et de sa couleur (D'après l'historien Tabari).
Il s'enrôla dans l'armée levée par le second calife de l'islam, Omar Ibn Al-Khattâb, et participa à la conquête de Jérusalem, en 638. Sur le Golan, alors qu'il refusait de lever l'adhân depuis la disparition du Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur lui, Bilal accéda à la supplique d'Omar Ibn Al-Khattâb et lança un appel si émouvant que tous, aux alentours pleurèrent.

Vers la fin de sa vie, Bilâl s'installa à Damas, en Syrie où il se maria. Quelques temps avant sa mort, le Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur lui lui dit en songe : « Pourquoi cet éloignement, Bilâl ? N’est-il pas temps pour toi de me rendre visite ? ». Il prit immédiatement le chemin de Médine dont il s'était éloigné depuis sept ans. A son arrivée, il fut accueilli dans la joie par la famille du Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur lui. Hussein et Hassan, les petit-fils du Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur lui, lui demandèrent de lever l'adhân le lendemain matin. A l'aube, Bilâl monta sur le toit de la mosquée et lança un appel qui bouleversa tout Médine.

Peu après, Bilâl regagna Damas. Lorsque sa mort lui fut annoncée, Bilâl aurait dit à son épouse : « Ne dis pas quelle calamité ! Mais dis plutôt quelle gaieté ! Demain je rejoindrai mes bien-aimés, Mahomet et ses Compagnons. » Abû Nu`aym affirme dans Hilyat Al-Awliyâ’, ouvrage encyclopédique, que Bilâl était le secrétaire du Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur lui et qu'il avait le même âge qu'Abû Bakr. Il est enterré à Damas près de Bab as Saghir. Ses dates de naissance et de mort font l'objet de désaccord entre historiens. Pour certains, il serait né en l'an 53, pour d'autres, en 43 avant l'Hégire. Par contre, ils s'accordent à dire qu'il serait mort pendant le califat de Omar Ibn Al-Khattâb, vers 641, mais restent partagés sur son âge (60 ou 70 ans).

L'appel à la prière serait resté inchangé depuis le dernier adhân levé par Bilâl Al-Habashî à Médine. Le Prophète Mohammed paix et benection de Dieu sur lui choisit la voix humaine comme fédératrice de l'islam et c'est encore le cas aujourd'hui.

Masjid Nabawi. La mosquée de Médine, en Arabie Saoudite, où Bilâl leva le premier adhân.
Masjid Nabawi. La mosqu ée de Médine, en Arabie Saoudite, où Bilâl leva le premier adhân.

Sources

a) Bilâl d'Afrique, le Muezzin du Prophète, traduit et édité par Abbas Ahmad al-Bostani, publié par la Cité du Savoir (Canada).

b) Ibn Hishâm, As-Sîrah An-Nabawiyyah, pages 1 et 2.

c) Ibn Al-Athîr, 'Usd Al-Ghâbah fî Ma`rifat As-Sahâbah', volume 1, pages 243-245.

d) Ibn Hajar Al-`Asqalânî, Al-Isâbah fî Tamyîz As-Sahâbah, entrée 736. Une version électronique est disponible sur www.muhaddith.com.

 

Notes

  1. . Coran, Sourate 105, 1-5
  2. . Coran, Sourate Al Çaf
  3. . Lever l'adhan signifie lancer l'appel à la prière.
  4. . Coran, Sourate Al-i'Imran, Verset 123